Commissures des lèvres fendues : reconnaître la perlèche, la mycose ou la simple gerçure
Une fissure au coin de la bouche est souvent bénigne, mais elle peut rendre la parole, le sourire et les repas très inconfortables. Quand les commissures des lèvres sont fendues, on parle souvent de perlèche, ou de chéilite angulaire. Le plus utile est de savoir si la lésion vient d’une simple irritation, d’une macération, d’une mycose, d’une bactérie ou d’un facteur favorisant comme une prothèse dentaire, un médicament ou une carence.
Ce que signifie une fissure à la commissure des lèvres
La commissure des lèvres correspond à la zone où la lèvre supérieure et la lèvre inférieure se rejoignent, de chaque côté de la bouche. Cette zone bouge beaucoup, reste facilement humide et forme parfois de petits plis. Quand elle s’irrite, la peau peut rougir, se fendiller puis former une petite crevasse douloureuse.

La perlèche est donc une inflammation des commissures des lèvres. Elle peut toucher un seul côté de la bouche ou les deux commissures. La lésion reste parfois discrète au départ, puis elle s’ouvre davantage à chaque mouvement des lèvres, ce qui entretient l’inconfort.
Selon InfoSanté, la perlèche concerne environ 7 personnes sur 1000. Elle est plus fréquente chez les personnes de plus de 75 ans, mais elle peut aussi concerner les enfants, les porteurs de prothèses dentaires ou les personnes dont les défenses immunitaires sont affaiblies.
Reconnaître une perlèche plutôt qu’une simple lèvre gercée
Une lèvre gercée touche souvent la surface de la lèvre, surtout en période de froid sec. La perlèche, elle, se concentre au coin de la bouche. Elle peut commencer par une petite rougeur, puis se transformer en fissure qui s’ouvre à chaque sourire, à chaque repas ou à chaque prise de parole.
Les signes les plus fréquents
Les symptômes varient selon la cause, mais certains signes reviennent souvent. Une commissure irritée devient rouge, sensible, parfois brillante ou squameuse. La peau peut se détacher par petites plaques : c’est la desquamation. Une fissure plus nette peut ensuite apparaître, avec une sensation de brûlure ou de tiraillement.
- rougeur au coin de la bouche ;
- peau fendillée ou crevassée ;
- douleur en ouvrant la bouche, en souriant ou en mangeant ;
- croûtes, petites squames ou suintement ;
- démangeaisons ou sensation de brûlure ;
- extension possible vers la joue ou l’intérieur de la bouche.
Gerçure, mycose, bactérie ou allergie : les indices utiles
Il est difficile de poser soi-même un diagnostic certain, mais quelques repères aident à mieux comprendre ce qui se passe. Une irritation simple apparaît souvent après le froid, le léchage répété ou l’usage d’un produit agressif. Une perlèche candidosique, liée à Candida albicans, est favorisée par l’humidité et la macération. Une atteinte bactérienne peut impliquer le staphylocoque doré ou le streptocoque. Une allergie de contact peut être déclenchée par un rouge à lèvres, un dentifrice, un soin parfumé ou parfois un aliment.
| Situation possible | Signes évocateurs | Ce qui peut favoriser |
|---|---|---|
| Gerçure irritative | Fissure sèche, tiraillement, lèvres abîmées | Froid sec, vent, léchage fréquent |
| Perlèche candidosique | Rougeur humide, fissure persistante, gêne bilatérale possible | Macération, Candida albicans, antibiotiques, cortisone |
| Perlèche bactérienne | Croûtes, suintement, inflammation marquée | Staphylocoque doré, streptocoque, irritation entretenue |
| Allergie de contact | Rougeur, démangeaisons, irritation après un produit | Dentifrice, rouge à lèvres, cosmétique, aliment |
Pourquoi les commissures se fendent
La cause la plus fréquente est un cercle vicieux : la commissure est humidifiée, la peau se fragilise, puis la fissure s’installe. La salive peut irriter la peau lorsqu’elle mouille continuellement les coins de la bouche. Son action répétée abîme la barrière cutanée. L’humidité et la chaleur créent ensuite un milieu favorable aux champignons et aux bactéries.
Salive, macération et plis au coin de la bouche
Chez certaines personnes, les coins de la bouche forment de petits plis où la salive stagne. C’est particulièrement vrai en cas d’hypersalivation, de prothèse dentaire mal adaptée ou de rides d’amertume plus marquées avec l’âge. La peau reste alors dans une zone de macération et perd sa souplesse. Elle se fissure plus facilement et se défend moins bien contre les microbes.
Autrement dit, une commissure constamment humide perd son rôle de barrière. La peau n’est plus une surface souple qui protège, mais une zone fragilisée qui se rouvre à chaque mouvement de la bouche. D’où l’intérêt de réduire l’humidité qui entretient la lésion, et pas seulement de la graisser.
Champignons, bactéries, médicaments et carences
Candida albicans est souvent cité dans les perlèches candidosiques. Ce champignon peut se développer plus facilement après une prise d’antibiotiques, car ceux-ci peuvent perturber la flore et favoriser la prolifération des champignons. La prise de cortisone ou de médicaments immunosuppresseurs peut aussi faciliter le développement de Candida albicans.
D’autres facteurs fragilisent les muqueuses et la peau. Les rétinoïdes prescrits contre l’acné peuvent assécher les muqueuses, y compris les lèvres. Des carences en fer, en vitamines B ou en zinc peuvent être associées à des fissures répétées. Enfin, une consommation importante de sucre est parfois mentionnée comme un élément pouvant favoriser la candidose.
Les profils plus exposés aux commissures fendues
La perlèche peut arriver à tout âge, mais certains profils sont plus vulnérables parce que la peau est plus fragile, que la bouche reste plus humide ou que l’immunité est diminuée. Chez les jeunes enfants, la salive, la tétine, le pouce ou certaines habitudes de bouche peuvent entretenir l’humidité aux commissures.
Chez les personnes âgées, surtout après 75 ans selon InfoSanté, les plis autour de la bouche, une prothèse dentaire mal ajustée ou une sécheresse buccale peuvent favoriser les lésions. Les porteurs de prothèses dentaires doivent être particulièrement attentifs à l’ajustement, au nettoyage et aux irritations répétées.
Les personnes immunodéprimées, vivant avec le VIH, sous chimiothérapie, sous corticoïdes ou immunosuppresseurs sont plus exposées aux infections comme les candidoses. Les personnes diabétiques peuvent également être concernées. Les personnes porteuses de trisomie 21 sont citées parmi les profils pouvant présenter davantage de facteurs favorisants, notamment en lien avec la salivation ou la morphologie buccale.
Soulager, prévenir et savoir quand demander conseil
Les gestes utiles dépendent de la cause, mais certains réflexes restent valables dans la plupart des situations. Le premier est d’éviter de se lécher les lèvres : cela soulage quelques secondes, puis aggrave l’humidité et l’irritation. Il faut aussi limiter les produits irritants et privilégier des soins doux, sans parfum agressif, adaptés aux peaux fragilisées.
Les bons gestes au quotidien
Pour apaiser une fissure au coin de la bouche, l’objectif est de protéger la peau sans enfermer trop d’humidité. Un baume réparateur ou une pommade barrière peut aider, mais si la cause est une mycose ou une bactérie, un soin spécifique conseillé par un professionnel sera nécessaire. Les bains de bouche peuvent être utiles dans certains cas pour réduire la quantité de bactéries dans la bouche.
- sécher délicatement les coins de la bouche après les repas ou le brossage ;
- éviter le léchage répété des lèvres ;
- utiliser des produits d’hygiène ou de maquillage hypoallergéniques ;
- surveiller un dentifrice, un rouge à lèvres ou un aliment récemment introduit ;
- faire vérifier une prothèse dentaire si elle irrite ou favorise la salive stagnante ;
- demander conseil avant d’utiliser un antifongique, un antibiotique local ou une crème à base de cortisone.
Les erreurs qui entretiennent la fissure
Plusieurs gestes retardent la cicatrisation : arracher les croûtes, multiplier les produits parfumés, appliquer un soin inadapté ou ignorer une lésion qui suinte. Il faut aussi éviter de traiter toutes les commissures fendues comme de simples gerçures. Une fissure qui revient souvent peut révéler une macération chronique, une prothèse mal adaptée, une candidose, une allergie de contact ou une carence.
Quand consulter ou demander l’avis du pharmacien
Un avis médical ou pharmaceutique est recommandé si la fissure dure, s’aggrave, devient très douloureuse, suinte, forme des croûtes importantes ou s’étend vers la joue ou l’intérieur de la bouche. Il est également prudent de consulter en cas de diabète, d’immunodépression, de traitement par cortisone, chimiothérapie ou immunosuppresseurs, ou si les épisodes se répètent malgré les soins de base.
La plupart des commissures des lèvres fendues se prennent bien en charge lorsque la cause est identifiée. La bonne stratégie consiste à calmer l’irritation, limiter la macération, écarter les produits déclencheurs et traiter spécifiquement une mycose ou une bactérie lorsque c’est nécessaire.



