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EMDR et effets secondaires : distinguer l’effet rebond des signaux d’alerte

Élise Montclar 7 min de lecture
EMDR risques : effets secondaires, rebond et signaux d’alerte

L’EMDR n’est pas une thérapie anodine : elle vise à retraiter des souvenirs traumatiques chargés d’émotions, de sensations et de croyances négatives. Des réactions inconfortables peuvent apparaître au cours du processus. Celles-ci ne signifient pas systématiquement que la méthode est dangereuse ou inefficace, mais elles doivent être anticipées, surveillées et ajustées avec un thérapeute formé.

Les risques de l’EMDR : une méthode structurée, mais exigeante

L’EMDR, pour Eye Movement Desensitization and Reprocessing, repose sur une stimulation bilatérale alternée, comme des mouvements oculaires droite-gauche ou des tapotements. Son objectif est de diminuer la détresse liée à un souvenir traumatique pour favoriser son retraitement. Le protocole complet comporte huit phases, incluant la prise d’histoire, la préparation, l’évaluation, le retraitement, la clôture et la réévaluation.

Le risque ne réside pas dans la stimulation elle-même, mais survient lorsqu’un retraitement est engagé trop rapidement, sur une cible mal évaluée, ou chez une personne dont les capacités de régulation sont insuffisantes. L’efficacité d’une psychothérapie pour certains troubles ne garantit pas l’absence de risque pour tous les profils.

La préparation : une étape de sécurité indispensable

Avant de travailler sur un souvenir douloureux, le thérapeute évalue l’histoire de la personne, ses symptômes actuels, ses soutiens et sa capacité à revenir au calme. La phase de préparation et de stabilisation peut inclure l’apprentissage de techniques de régulation, l’identification de ressources internes et la création d’un lieu sûr mental. Elle dure parfois 2 à 4 séances, voire davantage si la situation le nécessite.

Cette étape ressemble à la vérification de la tension d’une corde avant de s’y appuyer. Ce n’est pas l’intensité de l’effort qui garantit la sécurité, mais la solidité des points d’ancrage. En EMDR, ces appuis sont concrets : capacité à s’orienter dans le présent, à nommer ses sensations corporelles, à ralentir une montée d’angoisse et à demander une pause. Sans ces outils, un souvenir fragmenté peut devenir envahissant au lieu d’être progressivement intégré.

Réactions fréquentes après une séance : ce qu’il faut savoir

Une séance peut produire des effets entre deux rendez-vous, le cerveau poursuivant son travail d’association et de reconsolidation de la mémoire. La fatigue, les rêves vifs ou les émotions fluctuantes sont courants dans les 1 à 3 jours suivant la séance. Il est utile de les signaler, surtout s’ils sont nouveaux ou particulièrement intenses.

Réaction possible Ce qu’elle peut traduire Conduite à tenir
Fatigue, maux de tête, besoin de calme Mobilisation émotionnelle après le retraitement Alléger son programme, s’hydrater, se reposer et en parler à la séance suivante
Rêves intenses, souvenirs qui remontent Réactivation transitoire du matériel traumatique Noter ce qui survient, utiliser les techniques de régulation et prévenir le thérapeute
Anxiété ou tristesse marquées Effet rebond possible avant une diminution de la détresse Contacter le thérapeute si l’intensité augmente ou empêche de fonctionner
Dissociation, panique, idées suicidaires Détresse dépassant les capacités de régulation Demander une aide immédiate : thérapeute, médecin ou services d’urgence

Effet rebond ou aggravation : la distinction nécessaire

L’effet rebond désigne une augmentation temporaire de l’inconfort, comme de l’irritabilité, de l’anxiété ou des images intrusives. Il est compatible avec le travail thérapeutique lorsqu’il reste limité et que la personne conserve ses repères habituels.

Une aggravation préoccupante est différente : les symptômes deviennent durablement plus forts, se généralisent, perturbent le sommeil ou s’accompagnent d’un sentiment de perte de contrôle. Dans ce cas, il ne faut pas attendre la prochaine séance. Le thérapeute peut alors ralentir le rythme, revenir à la stabilisation, modifier la cible ou suspendre le retraitement.

Situations nécessitant une prudence renforcée

Il existe peu de réponses universelles concernant les contre-indications à l’EMDR. On parle plutôt de précautions, d’adaptations ou de report temporaire du retraitement actif. Une évaluation clinique individuelle est indispensable.

Le trauma complexe ou développemental, lié à des violences répétées ou une insécurité ancienne, peut affecter l’attachement et la régulation émotionnelle, nécessitant un travail très progressif. En cas de dissociation importante, caractérisée par une sensation d’absence ou des trous de mémoire, le thérapeute doit stabiliser ces phénomènes avant toute exposition. La psychose active ou la perte de contact avec la réalité impose une priorité à la stabilisation en coordination avec un suivi psychiatrique. De même, une addiction active, une crise suicidaire ou une situation traumatique en cours, comme du harcèlement, demandent d’abord de sécuriser l’environnement avant de traiter les souvenirs.

Les problèmes oculaires ne rendent pas l’EMDR impossible. Si la stimulation visuelle est inconfortable, d’autres modalités bilatérales sont envisageables. L’adaptation appartient au praticien après une évaluation rigoureuse.

Faux souvenirs et retraumatisation : les limites de la méthode

Un souvenir émergeant en thérapie n’est pas une preuve automatique qu’un événement s’est déroulé exactement de cette manière. La mémoire est reconstructive : elle mêle parfois sensations, fragments et interprétations. Un praticien prudent évite de suggérer des scènes ou de présenter une image intérieure comme un fait établi.

L’EMDR ne doit pas avoir pour objectif de « retrouver » des souvenirs cachés. Le travail porte sur la détresse actuelle associée à des expériences identifiées. Il n’existe pas de preuve d’un phénomène systématique de faux souvenirs propre à l’EMDR, mais toute psychothérapie devient risquée lorsqu’elle est directive, suggestive ou menée sans cadre clinique rigoureux.

La retraumatisation ne se résume pas à ressentir une émotion forte. Elle implique un débordement durable, le sentiment de revivre la situation sans pouvoir revenir au présent, ou une dégradation notable de l’état psychique. La clôture de séance, le retour au calme et la possibilité de dire « stop » font partie intégrante de la sécurité thérapeutique.

Choisir un praticien et savoir quand demander de l’aide

La qualification du professionnel est un levier central pour limiter les risques. Un thérapeute responsable ne promet pas une guérison rapide, explique les étapes du travail et accepte de différer le retraitement si la personne n’est pas prête. Il travaille en lien avec un psychiatre ou un médecin lorsque la situation clinique l’exige.

Questions utiles avant de commencer

Avant d’entamer un suivi, il est recommandé de vérifier plusieurs points : quelle formation spécifique en EMDR le praticien a-t-il suivie et dispose-t-il d’une accréditation, notamment via EMDR France ou EMDR Europe ? Il est également pertinent d’interroger le professionnel sur son expérience des traumas complexes, le déroulement de la phase de préparation, la gestion des réactions difficiles entre deux séances et sa pratique de la supervision clinique.

Après une séance, prévenez rapidement votre thérapeute si des symptômes inhabituels deviennent trop intenses, persistent ou vous empêchent d’assurer vos activités essentielles. En cas d’idées suicidaires, de mise en danger, de confusion majeure ou de perte de contact avec la réalité, recherchez sans délai une aide médicale urgente. L’EMDR est une approche pertinente du psychotraumatisme, à condition que le rythme, l’indication et le cadre de sécurité soient réellement adaptés à la personne.

Élise Montclar
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